58ème étape : Sahagún Reliegos

Aujourd’hui, trois aventures me permirent de rompre la monotonie du chemin.

Quelques kilomètres après El-Burgo-Ranero, je rencontrai trois vieux assis sur un banc. Ils semblaient avoir arrêté leur promenade pour casser la croûte. Je les saluai ; ils m’invitèrent à partager leur repas.

En fait de casse-croûte, ce n’était qu’un petit bout de fromage mais il y avait bien quatre litres de vin pour l’arroser, répartis dans deux grandes outres de peau typiques de la région. Je trinquai donc avec eux, en faisant pisser la gourde d’un beau jet semi-parabolique, directement dans le gosier, un peu à la façon libanaise.

Quand le vin fut terminé, je les remerciai. Ma tête tournait un peu, mais je partis certain de ma bonne action, celle d’avoir sauvé pour un jour les trois vieux de l’ivrognerie en diminuant de ma participation leur dose dominicale. Il me restait plus de deux heures de marche pour cuver ma part.

Plus loin, dans un pré sans frontière comme on en voit dans le León, un troupeau de moutons gardé par deux chiens s’entreprit de me suivre. J’avais l’air malin, le long du goudron, poursuivit par une bonne cinquantaine d’ovins qui semblait m’avoir pris pour son gardien. Quand des voitures vinrent à passer, elles furent bloquées par le troupeau circulant sur la route. Je fis alors le rôle du berger, c’était très facile : les deux chiens se plaçaient systématiquement à 6 heures de ma position, de l’autre côté des bêtes, et les rabattaient toujours vers moi.

Le jeu était amusant mais lassant. J’essayai de conduire les bestioles loin dans le pré, puis de les semer en courant, rien à faire : de vrais pots de colle laineux, et toujours ces deux toutous stupidement dressés qui les ramenaient vers moi.

Alors j’appelai à l’aide : « Ola ! Ola ! » . Mais rien ni personne à l’horizon. Je me voyais déjà à Santiago poursuivi par une centaines d’yeux ovins, le cauchemard…

Le désespoir me gagnait quand un berger, émergeant des hautes herbes, vint me sauver. Lui aussi devait cuver sous le soleil. L’aventure avait duré un bon quart d’heure.

Enfin, arrivé à Reliegos, un bar atypique attisa ma curiosité. Plein de graffitis laissés par les pèlerins, dehors comme dedans, ornaient les murs de la vieille baraque en torchi. Sage cette fois, j’y commandai un café con leche que le vieux barman me servit avec plaisir. Après quoi il s’endormit sur une chaise. Quand je voulus payer ma boisson, impossible de le réveiller, malgré toutes sortes de ruses : éternuements volontaires, translations bruyantes du mobilier, secousses légères du bienheureux, rien ne fonctionnait. Pour la seconde fois de la journée, je me trouvais dans l’embarras. Je pris mon mal en patience et finalement, il se réveilla.

Pour la nuit de Noël, demain soir, je devrais être à León !

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