35ème étape : Roquefort Mont-de-Marsan

Aujourd’hui, je suis à Mont-de-Marsan, la ville où les gens ont tous l’accent de Pierre Albaladejo. C’est une ville de rugby, la ville de Thomas Castaignède. Je me souviens de l’équipe de Mont-de-Marsan de la fin des années 90, quand le french flair existait encore, quand l’équipe de France pouvait passer 40 points aux blacks en demi-finale de la coupe du monde, quand cela avait valu à mon frère et moi de nous teindre les cheveux en blond, quand le CSBJ était encore dans le top 16, à l’époque…

Je n’ai noté que maintenant que je me trouve à moins de 1000 kilomètres de Compostelle, ce qui me permet de dire que j’ai fait à peu près la moitié du chemin. Il paraît qu’il y a une borne des 1000 kilomètres quelque part, mais tel que je me connais, j’ai du m’asseoir dessus sans la remarquer.

34ème étape : Captieux Roquefort

Aujourd’hui, je suis arrivé à Roquefort, ville très connue puisqu’on ne produit pas de fromage à Roquefort. Je crois que le fromage se trouve dans une ville homonyme de l’Aveyron. Vous vérifierez vous-même, parce que le fromage devient un sujet trop fréquent de ce blog, je me souviens y avoir déjà causé de gouda et de camembert.

Comme hier, je n’ai fait que marcher dans la monotone pinhada des Landes. Ce n’était donc pas très passionnant, mais cela me permit de penser un peu à Armand-Emmanuel du Plessis, un des héros de mon Panthéon personnel, car il fut le premier à envisager la plantation d’une pinède dans les Landes. Je vous encourage à vous documenter sur ce type, qui sut conjuguer intégrité, fidélité et efficacité, ce qui n’est pas rien pour un homme politique.

Quand on traverse de grandes étendues comme la forêt des Landes, on peut marcher 10 kilomètres entre chaque village, et bien 100 kilomètres entre chaque Lavomatic. Comme je n’ai qu’un change, il me faut donc une grande organisation accepter d’être un peu dégoûtant. Vous pourriez me dire que laver le linge à la main, ça se fait. Après l’avoir fait deux ans au Tchad, j’en ai juste un peu marre.

33ème étape : Bazas Captieux

Aujourd’hui, c’était to infinity and beyond day.

Depuis Limoges, je marche avec Mark, le Gouda que je vous ai déjà présenté. Son français est très mauvais et je ne connais que deux mots en Gouda : gedankt et Gouda. Donc, nous communiquons en angliche.

Notre jeu quotidien consiste à trouver un thème au jour. Ainsi nous avons eu :

  • le shortcuts day, le jour où nous prîmes quelques raccourcis pour gagner une étape.
  • le longcuts day le jour suivant, où, comme punis de la veille, nous nous perdîmes…
  • le death animals day le jour où nous vîmes les cadavres d’un chevreuil, d’un renard, d’un chat et d’une salamandre, et où nous arrivâmes dans la ville fantôme de Mussidan.
  • le over the rainbow day le jour où la pluie nous poursuivit du matin au soir sans jamais nous rattraper.

Aujourd’hui était donc le to infinity and beyond day, c’est à dire le jour vers l’infini et l’au-delà, comme le fameux cri de guerre de Buzz l’Éclair – hélas, ce sont ces références que l’on partage.

Nous suivions le chemin d’une ancienne voie ferrée, si droit et si plat qu’il semblait nous mener vers l’horizon, frontière vers l’infini. Toute la journée, nous avons marché sur ce talus bordé d’arbres, avec un seul trou de lumière tout au fond, comme dans un tunnel qui mène vers l’au-delà dans les expériences de mort imminente.

Demain, nous ne ferons que suivre encore, sur plus de 30 kilomètres, cette unique voie rectiligne, le chemin vers le champs d’étoiles, Compostela.

32ème étape : La Réole Bazas

Aujourd’hui, j’ai pris mon temps.

Vous connaissez sans doute ces soleils d’hiver : ces soleils timides qui ne chauffent qu’un peu, ces soleils bien éduqués qui laissent le froid rougir les joues et qui ne sèchent pas la petite goutte toujours suspendue au bout du nez. Ces soleils dont les rayons se dessinent dans les sous-bois en immenses diagonales lumineuses et semblent tellement palpables qu’on aimerait y sécher ses vêtements comme sur des cordes à linge.

C’est sous un soleil de ce genre que je me suis endormi cet après-midi, le long d’un chemin, comme dans le meilleur des lits.

En arrivant à Bazas, la fleuriste de la place de la cathédrale m’invita à prendre le thé sous ce même soleil décoré d’un arc-en-ciel. Elle sortit des sièges et une voisine s’invita. À l’issue d’une discussion de plus d’une heure durant laquelle nous eûmes le temps de refaire le monde, elles me donnèrent un billet contre la promesse de penser à elles sur le tombeau de Saint Jacques. J’y ajoutai la promesse d’une carte postale.

Je vais finir par ne plus compter ce genre de rencontres et le nombre de cartes postales que je devrai écrire à Santiago. J’espère qu’on y fait des prix de gros.